Le journal de Mushroom

Etat des lieux : annulé.

Je m'apprêtais à publier un post en forme de bouteille jetée à la mer, parce que je sais que ce blog est lu parfois par des gens qui, de proche en proche, auraient pu glisser quelques mots à certains intéressés.

Parce que ce blog est également lu par des amis qui m'invitent à de grosses fêtes, à qui je réponds que ma décision dépendra de l'évolution de la pandémie grippale, et qui doivent bien se marrer*.

Ce post aurait été assez beau sans doute, il aurait cherché à expliquer, à détromper, à rétablir, à émouvoir. 

 

Mais ceci aurait été vain. 

 

Les accusations d'égoïsme, d'anxiété, de débilité profonde auraient vaincu malgré tout, mon élégie n'en aurait même pas entamé un petit morceau. 

 

Alors je laisse croire que je ne vais pas voir ma grand-mère parce que je m'en fous, que j'envoie mes parents sur les roses parce que je suis intransigeante et capricieuse, que je suis une mère dangereuse qui couve trop son enfant, et que je vais bien. 

Je laisse parler. 

Parce qu'on ne peut pas m'entendre. Il n'y a que des malentendus et des malentendants. 

 

 

*que la personne concernée par cette anecdote précise ne voie là aucun reproche, car la personne concernée ne m'a nullement traitée de mère "dangerereuse qui couve trop son enfant" !

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Sur la route...

 

NB : je parle ici d'une pathologie particulière de la grossesse. Si vous êtes une femme enceinte en mal d'explications médicales qui a fait la folie de taper "placenta recouvrant" dans Google, dirigez-vous plutôt sur Doctissimo et compagnie, et sachez que ce n'est pas toujours aussi grave que dans mon cas. 

 

Pendant ma grossesse, j'ai souffert d'une pathologie qui, d'après une statistique trouvée sur le net, touche une femme enceinte sur 200 : le placenta recouvrant. 

Normalement, le placenta, cette sorte de garde-manger du bébé, relié au foetus par le cordon et à la mère par tout un tas de vaisseaux, se range gentiment sur la paroi de l'utérus. Mais il arrive, une fois sur 200 donc, que cet imbécile se colle pile poil sur le col. En d'autres termes, qu'il bouche la sortie. 

Parfois, il est recouvrant en partie seulement. Pas pour moi. 

Parfois, il remonte au bout de quelques semaines, et tout rentre dans l'ordre. Pas pour moi. 
 
On l'appelle aussi placenta praevia. Ce qui veut dire, en bon latin, "sur la route". En gros, le placenta, cette chose à la fois gluante et mystique qui n'est rien d'autre que le vecteur de la vie que la mère transmet à l'enfant, se met "sur la route" de la naissance. 
 
Il empêche la naissance. 
 
Mais le problème n'est pas seulement technique. Ainsi mal placé, le placenta supporte très mal les contractions de l'utérus, même les toutes petites, même celles qu'on ne sent pas, et ce bien avant le 9ème mois. Lorsque l'utérus se contracte (et comme il n'est que muscle, il se contracte d'un rien, quand on rit, quand on pleure, quant on tousse, quand on bouge, bref, quand on vit), la chose gluante et mystique qui stagne au fond se décolle, les vaisseaux précédemment évoqués se déchirent et provoquent des saignements plus ou moins importants. 
 
Et personne, de la secrétaire de la gynécologue appelée en catastrophe lors du premier saignement, au chef du service d'obstétrique de l'hôpital, en passant par les sages-femmes, infirmières et aide-soignantes, personne n'aime qu'une femme enceinte de 5 mois perde du sang. 
 
Au début de mon premier séjour à l'hôpital, on n'a guère pris le temps de m'expliquer les choses. Je ne savais donc pas très bien qui était en danger exactement, ni même quel était le danger. Le premier renseignement fut implicite : on est venu me dire qu'on me ferait une injection de corticoïdes pour accélérer le développement des poumons du bébé... 
 
De peurs en pleurs, j'ai fini par avoir la version complète (uniquement lors de ma troisième hospitalisation, tout de même).
Premièrement, perdre du sang, c'est pas glop. Si l'hémorragie ne cesse pas, on peut donc être amené à "sortir le bébé" pour l'arrêter. Moi, j'avais compris qu'il s'agissait uniquement de me sauver moi, ce qui ne me convenait pas du tout. Moi, je voulais bien pisser le sang pendant des jours du moment que mon bébé restait en sécurité, bien au chaud. Moi, je n'avais pas tout compris. Quand un placenta saigne, ce n'est pas seulement la mère qui saigne, c'est le bébé aussi. D'ailleurs, même en cas de faible saignement, on surveille beaucoup le bébé, car on craint que le placenta le nourrisse moins bien (dans mon cas, les tonnes de madeleines que j'ai ingérées ont, semble-t-il, compensé le phénomène). 
Deuxièmement, un placenta qui saigne, ça perd en étanchéité. Le médecin a fait une obscure comparaison avec les fissures de CarGlass... Soit. On craint donc les infections qui pourraient atteindre le foetus. 
Enfin, si un travail se déclenche, on peut assister à une hémorragie cataclysmique. Oui, c'est le terme scientifique. Autant dire que jadis, on perdait la mère et l'enfant. Moi, je ne comprenais pas pourquoi c'était si problèmatique que le placenta sorte en premier, puisqu'il fallait bien qu'il sorte de toute façon. Moi, je n'avais encore pas tout compris. Tant que le bébé est connecté au placenta par le cordon, le placenta doit rester connecté à la mère, car c'est lui qui nourrit le bébé. Ce n'est qu'une fois le cordon coupé que le bébé devient autonome, et que le placenta peut être débranché. 
 
En d'autres termes, dès mon cinquième mois de grossesse, une menace d'accouchement prématuré pesait sur nos têtes. Mon psychisme s'en est mêlé : mon propre corps menaçait mon bébé, et entravait même sa naissance naturelle. 
Et puis l'écographiste s'en est mêlée. Voyant sans doute que j'étais avide d'explications, elle me dit que le placenta s'insèrait là où l'oeuf s'était implanté dans les premiers moments. Un placenta inséré bas signifiait donc, selon elle, que cet embryon "avait failli partir" (elle prononça le mot "partir" avec un grand sourire). J'imagine que la plupart des gens aurait alors réagi en pensant "Eh bien, quelle chance on a, on est ravis". Pas moi. Cette nouvelle donnée lança comme un voile noir sur toute la grossesse. Comme si ce petit n'aurait pas dû vivre, depuis le début. Comme s'il avait dû se battre contre vents et marées pour survivre dès ses premières secondes. Et ce, à cause de moi, bien entendu.
 
Il y a deux jours, chez le médecin généraliste lors de la consultation du premier mois, il a fallu préciser que mon bébé était né par césarienne programmée à 37 semaines. "Pourquoi ?". "Placenta praevia". La tête du médecin. 
 
Une tête qui voulait dire que c'était dur, grave, pénible, risqué. Une tête qui disait "Pfiou, zavez pas eu de bol vous". 
 
Sans prévenir, mes yeux sont devenus tout flous. Je ne m'y attendais pas du tout, je pensais que tout ça était digéré, classé, mais non, j'ai pleuré. 
 
Pleuré encore une fois sur la grossesse normale que je n'ai pas eue. Sur ce travail que je n'ai pas effectué. Et surtout, je m'en suis rendu compte après coup, pleuré de toute cette peur que je me suis bien gardée d'exprimer pendant la grossesse. Car il fallait y croire, il fallait espérer, il fallait continuer à acheter des vêtements, du matériel de puériculture, des couches, des biberons, il fallait continuer à parler du prénom, à s'imaginer, à l'imaginer. 
 
C'est après le happy end que ma terreur peut parler. J'ai eu peur chaque seconde sans jamais laisser à cette peur le droit de m'emporter. A présent, il faut qu'elle sorte de moi comme une toxine. C'est ce qui crée le décalage, l'incongruité, et l'incompréhension de certains. Ce "J'ai eu si peur" est plus puissant que la peur au présent.
 
3 mois de peur. De précautions. 3 mois où je n'ai pas vécu pleinement ce que je ne suis pas sûre de revivre un jour. 
 
 
 
Dans la voiture, je pleurais encore cette grossesse qui m'avait échappée. Et puis mon conjoint me dit quelque chose de nouveau, une chose à laquelle je n'avais jamais pensé, moi qui pense pourtant trop. 
"Mais si l'embryon ne s'était pas accroché, si cette grossesse-là n'avait pas eu lieu, il ne serait pas là, lui."
 
Lui : autrement dit, le truc qui dormait dans le siège auto à l'arrière. 
 
Oui : j'aurais pu avoir une autre grossesse, avec un placenta plus sage, j'aurais pu n'avoir comme seuls soucis que mes vergetures et mes brûlures d'estomac, j'aurais pu arpenter les boutiques avec mon gros ventre. Mais je n'aurais pas eu ce bébé-là. J'en aurais eu un autre bien sûr, que j'aurais aimé avec autant de folie. Mais je n'aurais pas mon bébé, celui que j'apprends à connaître depuis un mois et quatre jours, celui qui ressemble à un bonze lorsqu'il a fini son biberon, celui qui a du poil sur l'extérieur des oreilles, celui qui regarde inlassablement le papier-peint seventies vu chez Déco mais aussi les poutres en chêne du rez-de-chaussée, celui qui n'aime pas qu'on lui lave la tête quand il a faim, celui qui serre les poings au début du biberon mais qui pose sa main ouverte sur mon cou quand il commence à être repu, celui qui préfère nettement l'écureuil avec un champignon sur le ventre à tous les autres animaux de son mobile. 
 
Depuis que mon homme m'a dit ça, lui qui est si peu enclin à s'auto-psychanalyser et préfère nettement regarder les fleurs pousser, je me sens libérée d'un poids. La peur devra encore sans doute s'exprimer et s'évacuer, mais je regarde ma grossesse avec plus d'indulgence. Non plus comme un rendez-vous manqué, mais comme une aventure particulière qui m'a donné mon bébé si particulier. 
 

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"Manger", "Dormir", "Petits besoins"...

 
Bon, alors sa couche, je la change avant, ou après le biberon ? Parce que si je la change avant, il va criser, mais si je la change après, il aura du mal à s'endormir... 
 
 
S'occuper d'un bébé, c'est un peu comme jouer aux Sims ©

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Mais peut-être aussi qu'au bout d'un moment...

... je devrais arrêter de me poser des questions inutiles (en plus des autres)...

Enjoy ! 

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Joe Hisaischi

Mon fils est né le 6 mai dernier à 11h03 : il pesait alors 3 kilos 150 et mesurait 50 cm !
 
J'ignore encore pourquoi les jeunes parents tiennent absolument à avancer ce genre de données chiffrées, seulement voilà, dorénavant, j'en suis. 
 
Peut-être que c'est une manière, dans mon cas, d'affirmer haut et fort qu'il est en pleine santé, depuis les premiers instants. 
 
Alors que j'ai été alitée pendant trois mois, que j'ai été hospitalisée pendant quarante-huit jours, et qu'on a dû le faire naître trois semaines et demi avant terme. 
 
Alors que nous avons failli le perdre tous les jours depuis le 4 février. 
 
Dès que je l'ai vu dans son berceau alors qu'on me le rendait à la maternité (deux heures après sa naissance), les mots "chance", "incroyable" et "bonheur" n'ont plus quitté mes lèvres. On nous avait mis en garde : à 37 semaines, il risquait d'être un peu jeune, d'avoir besoin d'une sonde pour respirer, manger, et puis il allait sans doute avoir des antibiotiques en intra-veineuse à cause d'une fichue bactérie. que j'avais contractée Et contre toute attente, il était là, bien joufflu, en meilleure santé que bien des bébés nés "normalement". 
 
Pendant une semaine et demi, j'avais l'impression d'entendre du Joe Hisaischi en continu dans ma tête. 

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