Samedi 16 Fév 2008
Le diagnostic 2 : je reste chez moi
Par mushroom, Samedi 16 Fév 2008 à 22:41 GMT+2 dans Accueil
Comme l'indiquent quelques témoignages de compassion (voir les commentaires de l'article d'hier), dormir peu et mal et avoir les méninges qui dansent la gigue au beau milieu de la nuit n'a rien d'exceptionnel, partant, rien de dramatique, a priori. Facteur ou trapéziste au cirque Pinder, boucher ou danseuse de chez Kamel, chacun semble avoir reçu sa dose de "stress au travail" en héritage des conneries maraîchères d'Adam et Ève. Puisque c'est le lot de tout le monde, je supporte habituellement tant bien que mal ma part de condition humaine, comme je supporte le fait de commencer les cours avant que le jour se lève, de m'écrouler sur mon lit dès mon retour du lycée, de n'avoir ni le temps ni l'énergie nécessaires pour me consacrer pleinement à autre chose qu'au travail.
En un mois ou deux pourtant, le supportable est devenu progressivement intolérable.
Le quotidien d'un professeur est fait, entre autres, de tout un tas d'éléments tout juste supportables. Des choses décevantes, frustrantes, alarmantes, désarmantes, désespérantes, que tout le monde connaît, ou croit connaître. Pendant cinq ans, je gérai parfaitement ces conditions de travail, comme si je parvenais à faire régulièrement la vidange, à évacuer suffisamment tôt les pensées négatives pour qu'elles ne prennent pas le dessus sur ma vocation et ma joie, véritable, d'enseigner. Cette année, la machine a commencé à s'encrasser, à faire de drôles de bruits. Le ton de mes conversations de midi en salle des profs, le nez dans mon Tupperware ; mes soupirs au moment de tourner la clef pour ouvrir la classe ; et, par dessus tout, mon "Oui, tu as raison" en réponse à cette critique éclairée d'un élève à propos du livre à étudier : "Eh M'dame, c'est trop pourri !".



