Le diagnostic 7.256 (c'est parfois long, de poser un diagnostic...)
J'ai commencé à consulter ce médecin, que nous appellerons le docteur Lediantre, pour la seule et unique raison qu'il s'avérait être le plus proche de mon domicile alors que j'habitais encore en ville. Je venais d'être mutée dans la région, je ne me sentais pas encore assez à l'aise pour lancer en salle des profs "Hey chers collègues, auriez-vous un bon docteur à me conseiller ?", les Pages Jaunes furent donc mon seul guide. Hormis cela, je ne sais plus exactement ce qui me mena à lui ; une fatigue sans doute, celle du premier trimestre certainement.
Il faut dire que je ne suis jamais vraiment malade, et je ne compte dans ma vie que deux maladies "officielles" et entérinées par la visite à domicile d'un médecin (dont une le dimanche, tout de même) : une varicelle à treize ans et une angine un peu plus tard. C'est tout le mal qu'ont pu, jusqu'à maintenant, me faire les nombreux virus et bactéries ayant eu la mauvaise idée de choisir mon vigoureux corps comme lieu de villégiature. Au pire, j'ai de la fièvre pendant à peine vingt-quatre heures, je prends un Doliprane®, je sue toute la nuit sous ma couette et je me réveille comme un charme le lendemain matin. Sans couette ni Doliprane, cela se gate un peu (par exemple : en plein concert de Vincent Delerm), mais en temps normal, je ne connais pas cette avalanche de symptômes divers et variés qui semblent s'abattre sur le commun des mortels à partir du mois d'octobre. Une voix enrouée pour chanter le blues le soir dans les cafés, un nez qui coule pour ne pas dénoter dans le décor, voilà tout.
Ce système immunitaire qu'on peut m'envier a plusieurs conséquences sur mes rapports avec Gloubinours. Premièrement, j'ai toujours tendance à trouver anormalement inquiétante une toux qui dure plus d'une semaine chez lui (n'ayant moi-même jamais atteint ce point de détresse respiratoire), et je considère d'un oeil méfiant les bêtes pastilles antiseptiques et le doux sirop pour la gorge qu'on lui prescrit. Une semaine, tout de même : n'est-il pas temps de faire une radio des poumons, voire une scintigraphie ? D'autre part, Gloubinours a beaucoup de mal à croire effectivement que là tout de suite, oui, j'ai une poussée de fièvre, je monte à 39, mais non je ne tousse pas, mais oui il y a une demi-heure j'allais bien, mais oui demain je serai en forme, mais c'est ainsi. Ce n'est tout de même pas une raison pour me demander de faire la vaisselle, de changer les draps, d'étendre une machine, parce que là, tout de suite, j'aimerais me reposer vois-tu pour laisser mon système immunitaire faire son travail.
(à chaque fois que je pense virus et immunité, les images de la série Il était une fois la vie me reviennent inévitablement en mémoire. Je verrai à jamais mes globules rouges comme ces sympathiques bonshommes rondouillards transportant les bulles d'oxygène dans leurs dos, mes globules blancs comme ces vaisseaux spatiaux dirigés par les stars du dessin animé, mon cerveau comme une tour de contrôle pleine d'écrans devant lesquels siègent les décideurs à longue barbe... Qui sait si l'efficacité de mes défenses naturelles n'est pas dûe à ces puissantes images mentales venues de mes après-midi passées chez ma grand-mère après l'école...)
Je ne suis jamais vraiment malade donc, mais je suis parfois fatiguée, très fatiguée. L'exercice de mon métier demandant une énergie assez considérable, à la fois physique et mentale, il m'est arrivé au moins une fois par an d'avoir réellement besoin de repos, pendant trois ou quatre jours, sans que les termes "grippe", "rhinopharyngite" ou "gastroentérite" ne viennent m'apporter leur bénédiction. Peu importe : avec ma conscience pour moi et quelqu'un de compréhensif comme médecin, j'ai toujours pu obtenir cette pause salutaire, pour repartir de plus belle ensuite.
Je ne croyais pas, en allant voir le docteur Lediantre, que je trouverais le médecin le plus compréhensif qui ait jamais été, compréhensif au delà-même des notions normales de compréhension, compréhensif au point parfois de quitter le domaine du compréhensible.
À suivre...
Par mushroom, Dimanche 2 Mars 2008 à 16:42 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)



