Journal d'une militante anti-dépressive

Le diagnostic 7.256 (c'est parfois long, de poser un diagnostic...)

 
Dépression... Je ne suis pas dupe ; en me rendant chez mon médecin, je sais que c'est ce pompon-là que je vais décrocher. Premièrement, parce que j'ai déjà passé le test de sélection (autrement dit, parce que sais et sens très bien que je suis dans un état physiologiquement malsain, merci D*octissimo mais vous ne m'apprenez rien-issimo) ; deuxièmement, parce que j'ai déjà été toute proche de remporter le grand prix. Je m'apprête à me rendre à cette consultation comme on tente pour la deuxième fois un concours, avec ce surcroît d'assurance dû au fait qu'on s'y est déjà vu admissible. 
 
Celui qui a déjà failli me gratifier du titre de "dépressive", celui qui a déjà failli me tendre l'ordonnance fatidique, c'est mon médecin traitant. Et son incompétence étant à la fois catégorique, extraordinaire et poétique, je me vois dans l'obligation littéraire d'en faire ici le portrait. 
 
Voici venu le temps d'un petit intermède médical. 

J'ai commencé à consulter ce médecin, que nous appellerons le docteur Lediantre, pour la seule et unique raison qu'il s'avérait être le plus proche de mon domicile alors que j'habitais encore en ville. Je venais d'être mutée dans la région, je ne me sentais pas encore assez à l'aise pour lancer en salle des profs "Hey chers collègues, auriez-vous un bon docteur à me conseiller ?", les Pages Jaunes furent donc mon seul guide. Hormis cela, je ne sais plus exactement ce qui me mena à lui ; une fatigue sans doute, celle du premier trimestre certainement.

Il faut dire que je ne suis jamais vraiment malade, et je ne compte dans ma vie que deux maladies "officielles" et entérinées par la visite à domicile d'un médecin (dont une le dimanche, tout de même) : une varicelle à treize ans et une angine un peu plus tard. C'est tout le mal qu'ont pu, jusqu'à maintenant, me faire les nombreux virus et bactéries ayant eu la mauvaise idée de choisir mon vigoureux corps comme lieu de villégiature. Au pire, j'ai de la fièvre pendant à peine vingt-quatre heures, je prends un Doliprane®, je sue toute la nuit sous ma couette et je me réveille comme un charme le lendemain matin. Sans couette ni Doliprane, cela se gate un peu (par exemple : en plein concert de Vincent Delerm), mais en temps normal, je ne connais pas cette avalanche de symptômes divers et variés qui semblent s'abattre sur le commun des mortels à partir du mois d'octobre. Une voix enrouée pour chanter le blues le soir dans les cafés, un nez qui coule pour ne pas dénoter dans le décor, voilà tout.

Ce système immunitaire qu'on peut m'envier a plusieurs conséquences sur mes rapports avec Gloubinours. Premièrement, j'ai toujours tendance à trouver anormalement inquiétante une toux qui dure plus d'une semaine chez lui (n'ayant moi-même jamais atteint ce point de détresse respiratoire), et je considère d'un oeil méfiant les bêtes pastilles antiseptiques et le doux sirop pour la gorge qu'on lui prescrit. Une semaine, tout de même : n'est-il pas temps de faire une radio des poumons, voire une scintigraphie ? D'autre part, Gloubinours a beaucoup de mal à croire effectivement que là tout de suite, oui, j'ai une poussée de fièvre, je monte à 39, mais non je ne tousse pas, mais oui il y a une demi-heure j'allais bien, mais oui demain je serai en forme, mais c'est ainsi. Ce n'est tout de même pas une raison pour me demander de faire la vaisselle, de changer les draps, d'étendre une machine, parce que là, tout de suite, j'aimerais me reposer vois-tu pour laisser mon système immunitaire faire son travail. 

 (à chaque fois que je pense virus et immunité, les images de la série Il était une fois la vie me reviennent inévitablement en mémoire. Je verrai à jamais mes globules rouges comme ces sympathiques bonshommes rondouillards transportant les bulles d'oxygène dans leurs dos, mes globules blancs comme ces vaisseaux spatiaux dirigés par les stars du dessin animé, mon cerveau comme une tour de contrôle pleine d'écrans devant lesquels siègent les décideurs à longue barbe... Qui sait si l'efficacité de mes défenses naturelles n'est pas dûe à ces puissantes images mentales venues de mes après-midi passées chez ma grand-mère après l'école...)

 Je ne suis jamais vraiment malade donc, mais je suis parfois fatiguée, très fatiguée. L'exercice de mon métier demandant une énergie assez considérable, à la fois physique et mentale, il m'est arrivé au moins une fois par an d'avoir réellement besoin de repos, pendant trois ou quatre jours, sans que les termes "grippe", "rhinopharyngite" ou "gastroentérite" ne viennent m'apporter leur bénédiction. Peu importe : avec ma conscience pour moi et quelqu'un de compréhensif comme médecin, j'ai toujours pu obtenir cette pause salutaire, pour repartir de plus belle ensuite. 

Je ne croyais pas, en allant voir le docteur Lediantre, que je trouverais le médecin le plus compréhensif qui ait jamais été, compréhensif au delà-même des notions normales de compréhension, compréhensif au point parfois de quitter le domaine du compréhensible.  

À suivre...  

Vos commentaires

1 Le Dimanche 2 Mars 2008 à 20:24 GMT+2, par pyrouette

j'appelle mon médecin : "l'incompétent"
Ma "dépression" : manque de fer, de calcium, de magnésium, de vitamines de sels minéreux, etc.....Mais il a fait son dignostic sans examens complémentaires.....Vive la médecine, vive les incompétents!!!

2 Le Dimanche 2 Mars 2008 à 20:32 GMT+2, par pyrouette

Oups, pardon, je n'avais pas lu la totalité des billets. En fin de compte, vive la dépression et le médecin compréhensif..... Bon je m'en vais.... sur la pointe des pieds dans mon monde!!!!!
Courage

3 Le Dimanche 2 Mars 2008 à 21:36 GMT+2, par a n g e l

mon dieu que j'aime ta plume
je bois du petit lait hein

bref

les médecins qui se voilent la face, c'est pas terrible...

(et je suis hyper jalouse de ton système immunitaire de warrior, la chance!)

4 Le Lundi 3 Mars 2008 à 09:15 GMT+2, par Laurine

Ha, les médecins... C'est toujours facile de taper sur leur dos mais en même temps, il y en a qui cherchent. J'ai fait tous les médecins de la ville pour en trouver un bien, passant du misogyne qui ne daignait même pas me dire le nom des maladies à celui qui me tutoyait et me prenait pour une gamine de 14 ans.
Quant à ton système immunitaire, attends donc d'avoir des enfants. C'est là que tu pourras réellement voir si tu es aussi robuste que ça. Ils ont des saletés incroyables d'une force phénoménale et d'une résistance à toute épreuve.
Cela étant, je rejoins angel : ton style est délicieux.

5 Le Lundi 3 Mars 2008 à 10:40 GMT+2, par Isis

Trouver un bon médecin, c'est toujours un peu compliqué.
Pendant des années, je suis allée voir le médecin de famille, celui qui te connait par cœur, qui t'osculte à peine avant de te prescrire des efferalgan alors que "je vous assure monsieur le docteur, j'ai vachement mal au doigt" (?). Jusqu'à ce qu'il soit en congé et que je tombe sur son remplaçant. Et là, coup de foudre. Un mec gentil, qui prend le temps et bel homme, de surcroit. Résultat, quand j'ai un petit bobo, je fais près de 55 km pour consulter. C'est grave, docteur ?
Allez, vite la suite...

6 Le Lundi 3 Mars 2008 à 14:36 GMT+2, par dremka

T'as le temps de t'inquieter pour ton Cheri toi? Moi en general le temps que je me rende compte, il a appele un pretre tellement il est sur qu'il va mourir d'un septissemie de l'ampoule de pied.

7 Le Lundi 3 Mars 2008 à 14:42 GMT+2, par wildmary

bah moi j'ai toujours eu que des bons médecins... bon faut dire qu'un rhume tous les 2 ans ou une gastro tous les 5 à 10 ans, c'est pas forcément dur à diagnostiquer... peut-être aussi que je n'attendais pas le diagnostique d'une maladie vénérienne mortelle quand j'étais enrhumée...
mais peu importe, vivement la suite \o/

8 Le Lundi 3 Mars 2008 à 15:14 GMT+2, par Mushroom

Wow, tout plein de commentaires gentils et variés et personne pour m'écrire "Hiiiiiii moi aussi je regardais "Il était une fois la vie" quand j'étais piti !!!!" ??? Déçue, je suis déçue.

9 Le Lundi 3 Mars 2008 à 23:55 GMT+2, par Isis

Peut être que ça nous parait tellement évident qu'on n'y a pas pensé :§
Mais c'est clair, que j'étais trop fan à l'époque, allez pour te faire plaisir "Hiiii, moi aussi je regardai "Il était une fois la vie" quand j'étais pitite !!!"

10 Le Mercredi 5 Mars 2008 à 20:06 GMT+2, par Mushroom

Ah, bah quand même !

Allez, tous ensemble !

"LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, eeet voici la viiiiiiie, la bellleuh vie qui s'écoule sereine, relevons le défiiiiii (bon là je comprenais jamais rien aux paroles...) la viie LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE, LA-VIE..."

11 Le Jeudi 6 Mars 2008 à 13:52 GMT+2, par Human.Target

tu fais un peu peur, là...

12 Le Jeudi 6 Mars 2008 à 22:49 GMT+2, par ET

Salut, MUSHROOM, tu chantes bien dit donc, il y a même une chanson qui
disait: LA VIE, LA VIE, LA VIE,SI BELLEU SOIT LA VIE EST UN JOLI COMBAT.
éh bin moi je vais essayer de rester un grand guerrier. A +

13 Le Samedi 8 Mars 2008 à 14:05 GMT+2, par Mushroom

@ HT : mais non, j'aime vraiment cette chanson !!!

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