À l'attention de ceux qui ne l'auraient pas remarqué, ma veine d'inspiration bloguesque est un peu tarie en ce moment. Ou plutôt, ma motivation, tout simplement. J'ai toujours autant de choses à raconter à propos de ce qui vient de se passer ces derniers mois, mais le besoin de le raconter est beaucoup moins impérieux.
Flûte...
L'explication est simple, mais très ennuyeuse : je vais mieux. Beaucoup
mieux, infiniment mieux, incroyablement mieux. Je ne passe plus mes
journées vautrée devant la télévision ou dans mes cours à préparer ; je
ne prends plus la nourriture pour de la
mousse expansive
ayant pour fonction de colmater le vide de mon estomac et de mon âme ;
je suis enthousiaste à l'idée d'aider Gloubinours à "finir" les travaux
de la maison (d'où le registre de la comparaison précédente) ; je fais
des tartes à la mangue et au gingembre, des colliers en organza, du
canard au au lait de coco et au whisky, des ourlets à mes pantalons, de
la gulash au whisky, des voyages scolaires, de l'osso bucco
au whisky,
les boutiques (et mes comptes). Je trouve des qualités à des élèves
précédemment étiquetés irrécupérables, et j'ai pitié de ceux dont
l'étiquette résiste même après trempage dans l'eau chaude pendant deux
heures. Je dis leurs quatre vérités à certains collègues.
J'ai l'impression que l'image que je renvoie me ressemble de plus en plus.
Que d'ennui n'est-ce pas ? Où sont les Prozac®, Lexomil® et autres Atarax® promis ? Les séances de psychanalyse, les journées passées en position fœtale et les dissertations sur le monde qui va à sa perte ? Mince, j'avais même espéré qu'elle s'ouvre un peu les veines, oh, pas beaucoup hein, juste une égratignure, mais un peu quand même, pour le suspense quoi. Et puis la couleur.
"Les gens heureux n'ont pas d'histoire, tout le monde le sait", disait Marlène Jobert sur une cassette audio qui accompagnait le livre de Blanche Neige et les sept nains paru aux Editions Atlas®, 9.90 F les trois premiers numéros, 49.90 F le quatrième.
J'ai même parfois envie de reprendre mon blog pour ce qu'il est, et de raconter des riens, de prendre en photo ma tarte à la mangue et la publier, ou de narrer, par exemple, l'effervescence qui peut naître dans une salle des profs lorsque deux collègues se mettent ensemble dans le "secret", et qu'ils laissent traîner des indices sur lesquels les autres se précipitent, pour les mettre régulièrement en commun et ainsi distinguer les pistes sérieuses des rumeurs infondées...
Mais ce n'était pas mon but lorsque j'ai repris ce blog il y a quelques mois. Je voulus d'abord écrire pour aller mieux, en m'auto-analysant. Le fait est que je suis allée mieux bien plus vite que je n'ai écrit. L'idée était aussi d'acquérir une certaine auto-discipline dans l'écriture : en m'engageant dans la narration de cette histoire, et en en publiant les pages au fur et à mesure de leur conception, je voulais, enfin, me forcer à écrire "quelque chose" jusqu'au bout. L'idée étant que je ne pourrais plus reculer à partir du moment où mon blog aurait des lecteurs qui attendraient la suite. Tant pis si ce n'était que du journal "intime", tant pis si je n'en étais pas encore à la construction d'un véritable récit ; je voyais cela comme une étape préalable, un bon entraînement.
Et voilà que même dans ces conditions de "facilité", la motivation s'épuise peu à peu.
J'adore écrire, et je rêve d'écrire autre chose que des lettres de mécontentement affichées en salle des profs, petits bijoux (au diable la fausse modestie) d'ironie ciselée à la virgule près, dont tout le monde me félicite chaleureusement. Je rêve d'écrire autre chose que des brèves de blog, des mails amusants, des corrigés de sujets d'invention pour mes élèves. Je suis pourtant adepte du principe : "Tu veux écrire ? Eh bien écris !". Qu'est-ce que je veux de plus au fond ?
Sans doute quelque chose qui ne soit pas si éphémère... Mais en suis-je capable si ma motivation pour écrire est ainsi entièrement subordonnée à mes états d'âme, qui sont, eux, forcément passagers ?
Par mushroom, Dimanche 6 Avril 2008 à 10:24 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)
Vos commentaires
Le Dimanche 6 Avril 2008 à 10:28 GMT+2, par Mushroom
Cet article est dédié à Mr Moyen, qui a écrit, le dimanche 10 février 2008 à 14:45 :
"tu tiens pas deux mois."
J'ai intérêt à poster après jeudi prochain.
Le Dimanche 6 Avril 2008 à 11:11 GMT+2, par Saskia
Maintenant va tout de même falloir que tu finisses cette histoire, parce que tu as commencé et donc que tu t'es en quelques sortes engagée vis-à-vis de tes lecteurs. Certes, aucune obligation réelle, mais as-tu envie de ne pas tenir tes promesses? Une fois le diagnostic et la solution terminée, tu pourras reposer dans le cimetière des blogs qui ne sont plus mis à jour. Si c'est signe que tu es heureuse, eh bien tant mieux! (de même que j'espère réellement terminer mon blog un jour par "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants"!)
Et puis si tu veux "écrire", je sais pas moi, un roman, ton inspiration aura forcément des hauts et des bas, et tu seras bien obligée de te forcer, autrement ce sera encore un truc que tu commences et ne finis pas.
Bon, tout ça pour te convaincre d'écrire la suite, parce que j'aimerais VRAIMENT savoir ce qui s'est passé pour que tu ailles mieux aussi rapidement!
Le Dimanche 6 Avril 2008 à 12:12 GMT+2, par Mushroom
Eh oui, c'est bien cette histoire d'engagement qui me fera aller jusqu'au bout ! (comme quoi, ce n'était pas une mauvaise idée).
Quant au processus d'une écriture plus longue et plus construite, j'admets qu'il contient forcément des périodes d'inspiration moins fructueuse... Je l'admets, et en même temps, cela m'effraie. Je me dis que dans ces moments là, seule cette fameuse auto-discipline que j'essaie d'acquérir pourra venir à ma rescousse, mais que c'est ennuyeux de se forcer à écrire ! Dans ces cas-là, je déteste ce que je j'écris, j'ai l'impression d'écrire pour faire des lignes, point. C'est exactement ce qui s'est passé pour le post précédent. Et un peu pour celui d'avant aussi.
Le Dimanche 6 Avril 2008 à 12:30 GMT+2, par *******
mouaih, puisse te suggérer une fin à la The Fountain ? parceque savoir finir c'est bien ; accepter le trou d'air, renoncer à garder les clés de la tristesse, ne pas se retourner, parcequ'on a décidé de ne plus devoir vérifier, une fin.
Par exemple que dirait Mushroom d'Avril à Mushroom de Fevrier ?
Que le temps a besoin de temps ?
Que les yeux ont besoin d'amis ?
Que les pieds ont besoin de chaussures ?
Que Avril a besoin de Février ?
Que que a besoin d'apostrophe ?
Si ton histoire n'a pas de fin, mais qu'elle est finit, ca veut dire que tu renonces à nous aider, parceque toi tu es sauvée ... pas cool !
Alors juste fais le.
Mais continue de "dire leurs quatre vérités à certains collègues" , ca les aidera !
Le Dimanche 6 Avril 2008 à 14:57 GMT+2, par Isis
Il me semble que je comprenne le fait que tu te sentes presque "déçue" par cette guérison si rapide, dont la recherche était pourtant le but même de ce blog. Mais, je m'en réjoui aussi, rassure toi.
Je m'en réjoui par ce que tu vas mieux simplement.
Puisque tu veux écrire, écris !
Rien n'est immuable, tu as recommencé ce blog pour t'aider dans ta propre analyse.
Le temps de l'introspection de la dépression est passée, passe à autre chose.
Peut être est il temps de passer à l'écrire de quelque chose de plus abouti comme tu le souhaites, en parallèle de ce blog. Et alors, peut être ce blog pourrai-t-il te servir d'exutoire dans ta recherche de l'écriture...
Bref, quoi que tu décide de faire, ne nous prive pas de ta plume... Elle est tellement agréable. J'envie les gens comme toi qui savent exprimer les choses, avec tant de finesse, de légèreté, d'humour et de précision.
A bientôt, petit champignon.
Le Dimanche 6 Avril 2008 à 15:35 GMT+2, par Mushroom
Non, pas déçue d'aller mieux, juste déçue de me retrouver avec la même panne de motivation que d'habitude !
Bon, eh, arrête de lire mon blog et va nous raconter la suite de tes aventures pré-nuptiales sur le tien 
Le Lundi 7 Avril 2008 à 09:49 GMT+2, par Laurine
Pour avoir moi aussi essayé un nombre de fois que je tairai ici d'écrire quelque chose de plus abouti que des petits textes, de petites histoires ou de petits articles (sur blog ou pas), je peux te confirmer qu'écrire "pour de vrai" est quasiment un travail. Il faut s'astreindre à une vraie discipline, faire un plan détaillé, ne pas se jeter dans une histoire comme ça, sans avoir vraiment réfléchi à l'avance, sinon... paf, dès que l'inspiration ou la motivation faiblissent, tout le reste finit aux oubliettes.
En tout cas je suis ravie pour toi que tu ailles mieux, c'était non seulement le but du blog (dommage pour lui, qui n'aura pas vécu de nombreux jours), mais surtout LE vrai but. Le blog est plutôt accessoire comparé à ta guérison et au fait que tu te sentes mieux non ? Je suis très contente si tu nous abandonnes parce que tu vas mieux (nettement plus contente que si tu nous abandonnes parce que tu t'es ouvert les veines...).
Bonne chance pour ton grand oeuvre, donne-nous des nouvelles de tes tartes aux mangues et surtout de la construction de ta discipline d'écriture...
Le Lundi 7 Avril 2008 à 10:39 GMT+2, par mushroom
Non non, rien n'a changé, tout tout peut continuer !
Je continue mon blog non de non ! Je termine au moins l'histoire ! Mais sinon, oui, l'écriture est un travail, qui demande comme tu le décris beaucoup de planification (c'est ce que j'apprends à mes élèves) ; mais peut-être que tant que mon écriture sera soumise à mes pulsions, j'aurais du mal à la soumettre à un travail...
Le Lundi 7 Avril 2008 à 23:09 GMT+2, par Human.Target
comme dirait Sean Connery dans un film bourré de bons sentiments, de jeunes basketteurs intello et de méchants profs élitistes :"La meilleure méthode pour écrire, c'est d'écrire" (oui, des daubes pareilles, ça se regarde en VF...) et honnêtement, je préférerai lire des notes réjouissantes sur de la nourriture au whisky que cette histoire de dépression aussi spectaculaire qu'une redif de la 9ème saison de Derrick ("...j'en était à mon douxième rendez-vous chez le docteur Lediantre, lorsqu'il me demanda de tousser 3 fois..." pitié !!! fais quelque chose pour nous pauvres lecteurs !!)
En plus, les blogs de bouffe, c'est génial !! la preuve : grandmiamdeluxe.canalblog...
Donc écris, tu verras bien ce qu'il en ressort... et si ça marche pas, tu peux toujours aller gueuler sur Sean Connery, c'est son idée après tout...
Le Mardi 8 Avril 2008 à 10:15 GMT+2, par Mushroom
> Human Target : Bah voilà ce qu'il en ressort : une rediff de la 9ème saison de Derrick !!! Eh, oh, je le dis moi-même dans ce post que mon inspiration connaît une grosse baisse de régime, pas la peine d'être vexant hein !
Oui, je suis vexée ; c'est la Mushroom nouvelle mouture = j'assume ma susceptibilité et mon orgueil démesuré et j'avoue que ta remarque m'a fait sourire très jaune. Mais, puisqu'on en est à citer des banalités : y a qu'la vérité qui blesse ma bonne dame.
Mon caprice narcissique passé, discutons : je me suis beaucoup étendue sur cette histoire de médecin parce que lorsque j'ai commencé ce blog, j'avais envisagé ce thème comme une source potentielle de posts hilarants et remplis de bons mots devant lesquels les lecteurs se seraient tapé la bedaine de rire. Certes, c'est bel et bien raté, sans doute pour deux raisons.
La première, c'est qu'au moment d'écrire ces derniers posts je n'avais pas vraiment envie d'écrire, mais plutôt de faire de la nourriture au whisky (je rappelle que l'alcool s'évapore quand on le cuisine, pas la peine de me traiter de poivrote hein) ; la deuxième, c'est que voilà ce que ça donne quand on écrit pour plaire au lecteur et uniquement pour plaire au lecteur. Ca manque de sincérité tout ça, tsss tsss tsss, je serais nominée dès la première semaine à la star ac avec des conneries pareilles.
Je ne sais pas ce qu'il en sera des prochains posts. Le fait est que j'en ai déjà écrit une demi-douzaine, preuve que l'inspiration est revenue. Maintenant, désolée HT, mais on va encore nager dans la dépression. On va encore s'arrêter chez le docteur Lediantre, il va même me prendre la tension, si si, et puis je vais m'en poser des questions sur ma dépression, houlala c'est pas fini. C'est là-dessus que j'ai décidé d'écrire en même temps. Et j'avoue que si ça pouvait te faire envisager ne serait-ce que le mot autrement, ce serait déjà bien.
Ensuite, comme je ne suis pas sous perfusion de prozac, ce passage de ma vie amènera forcément d'autres sujets, mais voilà ma porte d'entrée.
Puisque tout le monde me dit d'écrire, je peux bien écrire sur ce que je veux non de non !
Bon, merci pour tes remarques vexantes, qui m'ont (presque) toujours été utiles depuis que l'on se connaît. N'empêche, pour la peine, je ne corrigerai pas ta faute d'orthographe.
Le Mardi 8 Avril 2008 à 11:23 GMT+2, par Human.Target
Désolé, je suis tellement imprégné de cet adage "Il n'y a que la vérité qui blesse" qu'avec le temps, il m'arrive de la prendre à l'envers : blesser pour dire la vérité... pas malin, hein.
Et encore, pour l'instant, j'enrobe tout ça dans l'ironie pour rappeler que rien de tout ça sérieux (même si ça blesse, même si ça veut dire des vérités... et qu'est-ce que j'en sais d'ailleurs...), mais viendra peut-être un jour où il n'y aura plus d'humour, plus de double sens, et juste des méchancetés qui blessent. Alors j'aurais atteint le stade de vieux con : le privilège de l'âge, on dira...
En attendant, je vais essayer d'être gentil, promis !
Le Mardi 8 Avril 2008 à 11:33 GMT+2, par mushroom
Ok, mais reste franc quand même ! Bonne chance !
Le Mardi 8 Avril 2008 à 16:17 GMT+2, par wildmary
l'éternel problème de la super idée qui retombe comme un soufflet... courage dans ta quête de discipline, en tout cas nous on attend la suite de pied ferme !
et sinon, elles sont où ces lettres de mécontentement ? et toutes ces recettes de machins au whisky qu'ont l'air super bons, hmm ? 