Le diagnostic 11 : souffrante
Par mushroom, Jeudi 10 Avril 2008 à 10:32 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)
Par mushroom, Jeudi 10 Avril 2008 à 10:32 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)
1 Le Jeudi 10 Avril 2008 à 21:58 GMT+2, par a n g e l
ce qui est dingue
c'est que je passe vraiment par là à chaque arrêt maladie, alors que bon j'ai de la fièvre ou alors je suis enceinte et je tombe dans les vapes, je me dis je suis encore plus grave que toi, non mais sérieux, c'est quoi cette pression qu'on met sur les épaules des enseignants?
2 Le Jeudi 10 Avril 2008 à 22:05 GMT+2, par mushroom
Bah c'est cette pression qui a un peu (mais quand même) contribué à me faire descendre au fond du trou... Mais la psy, elle, elle a rien compris à ça (teasing inside, tin tin tin)
3 Le Vendredi 11 Avril 2008 à 10:17 GMT+2, par Human.Target
Hmmmm... c'est terrible les préjugés. Je sais très bien ce que peut endurer un prof (par conjoint interposé), la pression des gamins, des parents, être en représentation du matin au soir, pas le droit à l'erreur face à 30 paires d'yeux qui attendent la moindre faille pour s'en réjouir et démonter tout ce qu'on a construit... mais je n'y peux rien, je continue à tiquer quand je lis "besoin vital de congé" ou "à chaque arrêt maladie..." dans le commentaire d'Angel...
Je ne veux pas juger, pas faire de raccourcis, mais dans ma tête, une comparaison se fait toujours avec ma propre situation professionnelle : 15 jours de vacances en août, les 10 autres éparpillés sur le reste de l'année, 2 jours d'arrêt en 4 an, pour une grippe qui me sciait les jambes et voir toutes sortes d'hallucinations... et des journées qui finissent régulièrement après 20h, la pression, les délais, les enjeux financiers de la société qui te pèsent sur les épaules...
Non pas que je sois un forcené, je me contente de passer mes journées derrière mon PC, et j'ai toujours une fenêtre ouverte sur le web pour regarder ce qui s'y passe et éventuellement poster de longs commentaires sur des blogs
En fait, je me dis qu'être prof doit être un métier vachement éprouvant psychologiquement pour mettre autant de gens dans des états pareils... c'est flippant.
4 Le Vendredi 11 Avril 2008 à 10:50 GMT+2, par Isis
Ce n'est qu'une question et ça ne sous-entend rien d'autre que ce que j'écris :
Est ce que cette pression, ce n'est pas vous aussi, les profs qui vous la mettez ? Souvent on a l'impression d'avoir la pression des autres, mais c'est aussi nous qui y contribuons.
Quand je part plus tard le soir parce que je veux qu'un projet soit fini avant que je parte en week-end, ce n'est pas toujours parce que mon boss le veut sur son bureau le lundi matin, mais aussi parce que je veux en avoir fini, pour passer à autre chose le lundi. Tu vois ce que je veux dire ?
5 Le Samedi 12 Avril 2008 à 10:49 GMT+2, par Saskia
Je me suis déjà trouvé dans le même cas de figure, être réellement malade et penser à mes copies en premier. Mettre plus d'une semaine à corriger des copies, c'est difficile pour moi. Quand je n'ai vraiment pas le temps, j'en viens à me justifier ridiculement auprès de mes élèves: vous comprenez, j'ai fait partie du jury des TPE et j'ai dû lire tant de dossiers en plus de tout le reste!
Isis: je pense que c'est nous-même qui nous la mettons, cette pression. D’abord parce que nous avons le devoir de faire progresser les élèves, et à ne pas juger trop vite que tel ou tel n’a pas le niveau, beaucoup de son avenir en dépend, tout de même ! Ensuite, nous nous mettons la pression tous seuls parce que nous n'avons personne pour nous guider. Ah si, bien sûr, les programmes, aux objectifs totalement irréalistes (mais auxquels paradoxalement je tiens…) L'inspection tous les 8-10 ans, c'est une blague. Parfois j’ai le sentiment que la pression n’existe que de manière négative. Je m’explique : nous ne sommes pas particulièrement reconnus quand nous faisons correctement notre boulot (et ça demande de longues heures, plus de 40 h par semaine, certaines semaines, de mon côté) mais on nous tombe assez facilement dessus au moindre problème. Les élèves mènent la vie dure ou encore plus dure aux profs qui ne travaillent pas assez pour eux. En général, ils font assez bien la différence entre un prof qui bosse et un prof qui ne fiche rien. Quand ça ne va pas, parents, élèves, administration nous le font savoir d'une manière ou d'une autre, quand ça va bien, pas de vague, c'est tout. Je mesure la satisfaction des élèves à l'absence de plainte, c'est dire que j'aurais presque envie d'être notée sur Note2be! Je ne veux pas être celle dont les élèves se plaignent aux autres collègues (ça revient toujours aux oreilles..), voilà d’où vient une partie de la pression.
C’est bien fragile tout cela. Quand je sens que les élèves n’écoutent pas assez attentivement (voire se contrefichent) un cours particulièrement soigné, le découragement pointe. Quand j’étais « bordelisée » au début de ma carrière, je ne me jetais pas sur les congés maladie, mais je sautais sur la moindre grève… (quitte à perdre une journée de salaire, je préfère préciser) alors qu’aujourd’hui ma première réaction quand les élèves bloquent le lycée c’est « ah non ! » j’avais tout bien préparé et je vais être en retard sur le programme !
6 Le Samedi 12 Avril 2008 à 19:06 GMT+2, par a n g e l
human target>> tu ne travailles pas avec de l'humain! Confierais-tu ton gamin de trois ans à une instit qui a 39° de fièvre? Et 27 autres élèves? Instit (comme prof) c'est un métier PHYSIQUE aussi et qui ne laisse pas place à l'erreur. Tu as en charge les enfants des autres, qui te tomberont à juste titre sur le poil à la moindre erreur. Alors, plutôt que de faire une connerie, je préfère m'arrêter.
Notamment enceinte, oui je m'arrêtais quand le matin je faisais un malaise, je refaisais un malaise dans le bus, encore un malaise en descendant du bus, comment voulais tu que je gère ensuite 28 CM2 en ZEP? Hum?
Ben voilà, je rentrais chez moi la rage au coeur, parce que je savais que mes élèves allaient rester en plan, ou pire avoir un remplaçant pourri comme c'est déjà arrivé.
Et la pression, ok on se la colle pur moitié sur le dos mais c'est aussi le métier qui veut ça... Comme je l'explique tout le temps, on ne travaille pas avec des packs de lait. Je pense à mes élèves en m'endormant, en me réveillant, sous la douche, à table, TOUT LE TEMPS! Je cherche à comprendre où j'ai pu merder pour que telle chose n'est pas fonctionné comme prévu. Je cherche comment je vais faire pour résoudre le problème spécifique à un gamin en particulier.. TOUT LE TEMPS.
Ce n'est pas un métier, c'est un sacerdoce.
Je me souviens d'une copine directrice de maternelle, qui revenait le dimanche à l'école pour vérifier qu'elle avait bien fermé les portes à clé. C'est un métier avec tellement de responsabilités, alors OK, on a 4 mois de vacances, mais il faut aussi se renseigner sur notre paie, calculée sur 10 mois qu'on redivise par 12 (les vacances d'été ne nous sont donc pas payée, bah non). Et les petites vacances sont des récupérations horaires, parce que AHAHAHHAAH on ne le croirait pas mais les enseignants ne sont pas au 35h, pas plus qu'au 39, non non, la moyenne est de 42 heures de boulot par semaine.
Perso ayant eu un double niveau CP CE2 pendant quelques mois j'avais fait le calcul de mon temps de travail effectif (devant les élèves + préparation -double! + corrections) je travaillais 70 heures par semaine. 70 HEURES. Ca laisse songeur. Pour à l'époque un salaire de 1500 euros net, avec un bac +5.
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