Pause : les professeurs sous pression ? 1/2
Week-end familial ces trois
derniers jours, et donc blog en jachère (enfin, tout est relatif). Ayant
programmé la publication automatique du dernier article, je n’ai pas répondu
immédiatement aux quelques commentaires sur l’avant-dernier article (ça va, tout
le monde suit ?), et je le regrette.
Si ce blog pourrait avoir pour vocation de faire comprendre ce qu’est la vie d’une prof dépressive, il pourrait tout aussi bien avoir celle de faire comprendre ce qu’est la vie d’une prof tout court. Peut-être même que cela pourrait être l’essentiel… Il me paraît donc important de répondre très clairement aux réflexions et interrogations suscitées par l’évocation de mon arrêt maladie et des angoisses qui en découlent (amusant ; j'aurais cru bêtement que mes exemples de commentaires sur les devoirs des élèves auraient provoqué plus de réactions que cette histoire de pression et de sacerdoce... Naïve que je suis). Saskia et Angel ont donné des éléments très éclairants sur notre métier, je ne vais donc pas les reprendre. Cependant, je tiens à les compléter en mon nom propre.
Est-ce nous/moi qui nous mettons/me mets cette "pression" ? Oui et non.
Réfléchissons : certes, comme le
dit Saskia, dès qu'il y a une c*ouille dans le potage (même si la demoiselle
n’utilise pas ce langage), on en est vite "informé"... ne serait-ce
que par le fait que les cours se déroulent très mal quand on se relâche un peu
trop. C'est-à-dire : quand on a pas super bien préparé les activités à faire en
cours (ou quand on a pas encore assez d'expérience pour improviser les bonnes
choses au bon moment…), quand on a pas assez réfléchi à comment gérer tel ou
tel (ou telS) élève(s) problématique(s), quand on ne s'est pas encore préparé à
tout ce qui peut arriver dans une classe... et cela comprend : le pire. Par
conséquent, vous comprenez bien qu'exercer ce métier c'est se mettre la
pression pendant le cours (être toujours à l'affût du moindre bavardage pour ne
rien laisser passer qui pourrait aboutir à une bordélisation générale, mais
aussi savoir répondre du tac au tac à la moindre contestation de son autorité…
et ça, ça demande une sacrée énergie mentale et physique), mais aussi hors des
cours, pour pouvoir réfléchir à sa pratique et l'améliorer.
Maintenant, qu’advient-il VRAIMENT quand quelque chose se passe mal ? Quand une bagarre a éclaté en cours, quand des avions ont volé dans notre dos, quand le collègue de la salle d’à côté est devenu témoin auditif de nos failles professorales ? Ou même, quand on a perdu une copie (ou plutôt : quand un élève nous fait croire qu’on a perdu une copie et qu’on n'a aucun moyen de lui prouver le contraire…), quand on a des parents sur le dos qui contestent la punition donnée ou même nos choix pédagogiques ? Eh bien, concrètement, rien. Pas de blâme, pas de retenue sur salaire, pas de difficulté supplémentaire pour prendre le prochain arrêt maladie (!), rien. Quelques fois, un proviseur qui nous convoque dans son bureau pour nous passer un savon dont on sait qu’il n’aura aucune conséquence, mais c’est rare. Car pour cela, il faudrait que le proviseur en question soit au courant de ce qui se passe dans son établissement. Là où je travaille, c’est une pratique peu répandue. Et comme cela a déjà été dit, les inspections tous les 8 ans, c’est une blague. C’est d’ailleurs une blague si drôle, que c’est pourtant au cours d’une inspection qui se passe très mal (et pour cela, il faut vraiment que les élèves nous en veuillent…) qu’un professeur peut être « rétrogradé », et cela veut dire : redevenir professeur stagiaire. Ça fait mal à l’ego, mais le salaire est toujours là, et on n’a plus qu’une classe.
En d’autres termes, même en étant le pire professeur du monde, aucun chef ne nous tapera sur les doigts. Il suffit donc de « s’en foutre » pensez-vous, de faire des choses intéressantes avec les élèves intéressants, et de laisser les autres agoniser dans leur médiocrité. Oui.
Oui mais non.
Parce que ce n’est pas parce qu’on a la possibilité d’exercer ce métier par-dessus la jambe que c’est nécessairement ce qu’on fait. C’est pourtant ce que beaucoup de « gens » pensent, selon ce que je perçois. Puisqu’on a la possibilité de jouer les tire-au-flanc, alors nous sommes nécessairement des tire-au-flanc. Je n’aime pas beaucoup ce discours : personnellement, si je ne roule pas à 150 km/h sur la route, ce n’est pas parce que je crains le retrait de points, c’est parce que je sais qu’en cas d’accident, j’aurais beaucoup plus mal (ou bien plus du tout) que si j’avais roulé à une vitesse moindre (et ne me dites pas « bah à ce moment là, autant rouler à trente », ça m’énerve). Je n’aime pas cette « pensée du radar », qui fait dépendre tout choix de la présence ou non d’une répression, et plus du tout de la morale personnelle.
C’est donc premièrement pour des « raisons morales personnelles » que j’exerce mon métier du mieux que je le peux ; or, « du mieux que je le peux », cela veut dire nécessairement « avec de la pression », voir les conditions que j’ai évoquées plus haut (ensuite, tout est une question de dosage, et c’est bien là que le bât a blessé dernièrement, j’y reviendrai). Je me souviens de mon professeur de français de première qui nous avait dit (rappelle-toi HT) : « Que je fasse mon métier bien ou mal, je serai payé pareillement ; alors, autant le faire bien. » Cette phrase, qui n’a aucun sens pour beaucoup (et notamment pour mes élèves), est totalement limpide à mes yeux et résume tout ce que je viens d’écrire laborieusement.
À suivre...
(Pas de commentaire pour l'instant, je préfère que vous attendiez la totalité de l'article. Car tel est mon bon plaisir. Na. )
Par mushroom, Lundi 14 Avril 2008 à 11:06 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)



