À la pharmacie...
Bon, en même temps, ça ne faisait pas exactement partie de mes projets.
Bien sûr, il m'arrête : une semaine. "Pourquoi une semaine ? Parce que si je vous arrête tout de suite trois semaines, je ne vous revois plus pendant trois semaines. Là, on prend rendez-vous pour la semaine prochaine pour que je voie comment vous allez." Ô joie. Qu'il est malin ce médecin. En tout cas, une chose est sûre, mes élèves n'auront pas de remplaçant, la machine rectorale ne se mettant en route que si un prof "prévoit" d'être absent trois (officiellement deux) semaines au moins. Culpabilité : 1 - Mushroom : 0.
Je repars, ma petite feuille blanche et ma petite feuille beige à la main. Lediantre est en grande forme : "Et puis, n'hésitez pas à m'appeler... Si jamais vous avez envie de faire des bêtises avec vos médicaments, vous m'appelez." Sans doute vient-il de se souvenir qu'il a prescrit à une fille vaguement suicidaire assez de substances chimiques pour tuer un cheval. Cela mérite bien quelques mises en garde. Au moment de partir, au lieu de me serrer la main, il me fait la bise. Je suis trop dans les vapes pour me demander comment je vais l'attaquer pour harcèlement sexuel, alors je m'en vais. Direction : la pharmacie.
J'ai les yeux rouges qui piquent, j'ai l'impression d'être toute gondolée. À la pharmacie, j'ai le sentiment de porter une pancarte géante "JE SUIS DÉPRESSIVE" en tendant mon ordonnance. Par conséquent, je ne prends même pas la peine de me sécher les yeux, mes larmes apportant plus de "cohérence" à l'ensemble. Est-ce une idée que je me fais, peut-être, mais j'entends que la voix de la pharmacienne se fait plus douce qu'à l'habitude. "Vous voulez que je vous renote la posologie sur les boîtes ?". Non, ça ira, si jamais j'en arrive à ne plus pouvoir lire une ordonnance, j'espère qu'on m'aura envoyée à Sainte-Anne d'ici-là (avertissement : ceci est une réflexion complètement stupide, j'en ai conscience très cher lecteur). Je récupère ma nouvelle collection de boîtes, je m'apprête à partir, et au moment où je me retourne, ils sont là.
Deux élèves.
Viennent-ils d'entrer ? Ont-ils eu le temps d'entendre "Et pour le Lexomil®, ça vous dérange si je vous mets le générique ?" En tout cas, ils font partie 1) de ceux que j'ai planté ce matin à huit heures 2) de ceux dont l'état mental peut leur permettre de comprendre qu'une prof absente qui pleure dans une pharmacie n'a ni la grippe ni la gastro. Ma pancarte géante se met à clignoter.
Par mushroom, Lundi 28 Avril 2008 à 09:06 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)

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