Journal d'une militante anti-dépressive

La visite chez la psy 2

Au bout de quelques minutes, les voix étouffées que j'entends au travers de la porte cessent, et la psychiatre sort de son cabinet pour aller... aux cabinets (facile, oui je sais). Elle me demande qui je suis, puis se réjouit que je sois en avance - il faut dire que mon rendez-vous étant à midi, j'imagine qu'elle souhaite gagner un peu de temps pour prendre une pause. Je suis soulagée de la contenter en ce sens, car franchement, si j'étais à sa place, je maudirais la patiente que je dois recevoir à midi. Elle retourne à son bureau, puis m'y accueille.

 Beaucoup se demandent si la consultation chez le psy ressemble à l'image d'Épinal. Ce sera même l'une des premières questions de Gloubinours : "Tu t'es allongée sur un divan, comme dans les films ???". Eh bien non ; comme lors de ma "première fois", le docteur m'a invitée à m'asseoir face à son bureau, comme chez n'importe quel praticien. Il m'a semblé voir quelque chose de plus confortable un peu plus loin, mais ce n'était pas un divan en cuir marron, davantage quelque chose comme un clic-clac ou un lit d'appoint. Par ailleurs, un psy ne commence pas la consultation par "Parlez-moi de votre mère...", ni ne fait des gribouillis sur une feuille en faisant croire qu'il prend des notes. Comme chez tous les médecins, il faut commencer par la paperasse : "Votre nom ? Prénom ? Date de naissance ? Adresse ? Nom du médecin traitant ?" etc, autant de renseignements qui sont notés au fur et à mesure sur une fiche pré-imprimée. En l'occurence, le seul détail peu ordinaire que je relève, c'est qu'elle écrit tout cela au Stabilo swing cool© vert. J'avoue que c'est un peu léger pour mêler Freud à tout cela. Puis, elle prend un stylo plus académique, une feuille vierge, et c'est parti.


 Je lui tends le sybillin courrier de mon médecin traitant : "Je soussigné, M. Lediantre, certifie que Melle Mushroom nécessite un suivi pour dépression réactionnelle chez cette enseignante." 

Elle (un sourire légèrement ironique sur les lèvres) : Bon, alors qu'est-ce qui vous arrive, parce que ce courrier ne dit pas grand-chose en fait... 
Moi (rire gêné) : Eh bien, disons que, il y a maintenant quatre semaines... 

C'est alors que je me mets à regretter amèrement de ne pas avoir préparer davantage cet oral. De ne pas avoir amené mes fiches, mon Sciences et Avenir, mon "test de dépression". Je vis avec ce malaise (dont j'ignore encore s'il peut être officiellement appelé "dépression") depuis déjà assez longtemps pour ne plus pouvoir en parler avec grande précision. Défaut de mémoire, peut-être ; instinct de survie, sûrement. Je reste pourtant confiante, après tout, je suis chez un psy. En outre, je me rappelle les "trois points" résumant la situation, et puis j'utilise mon expression fétiche...

Moi : Je ressens beaucoup de frustration vis-à-vis des élèves, c'est un métier ingrat... Et pour le dire franchement, ce que je ressens, c'est qu'ils sont affreux, bêtes et méchants.
Elle (dodelinant de la tête en signe de volonté de nuancer) : Oui, mais c'est exagéré... 

Mince alors. Je suis tombée sur une psy politiquement correcte. Mais que fait la police freudienne ? Où sont passées les histoires d'excréments, de coucheries incestueuses ou de patricide refoulé ? Depuis quand faut-il laisser son Surmoi opérer son travail de censure dans le lieu même où l'on est censé fouiller dans l'inconscient ? Aurais-je fait erreur ? La psychiatrie est-elle à ce point hermétique à ces concepts et à la psychanalyse ? Le comble, c'est que lorsque je fais précéder mes confidences d'un "Je sais que c'est idiot, mais j'ai l'impression que..." ou d'un "Je suis désolée, mais je crois que...", justement parce sa première remarque m'a complètement refroidie, elle répond immédiatement : "Non non non, il n'y a rien d'idiot" et "Ne soyez pas désolée, allez-y". Par conséquent, j'ai vraiment le sentiment qu'elle me prend en traître à chaque fois et que quoi que je dise, je vais forcément me faire un peu taper sur les doigts. Avec le recul, je me poserai des questions : est-ce que, dans un cas comme dans l'autre, que je sois franchement décomplexée ou prudemment timorée dans mon discours, je n'ai tout simplement pas la bonne attitude ? Y a-t il une bonne formulation à adopter, que je n'aurais pas encore trouvée, et que je sais déjà que je vais chercher en tâtonnant dès la prochaine consultation ? Mais pour l'instant, je suis juste décontenancée, mal à l'aise, et déjà un peu en colère. N'oublions pas, tout de même, que je suis victime du complexe de la bonne élève. 

 à suivre... 

 

Vos commentaires

1 Le Lundi 26 Mai 2008 à 15:08 GMT+2, par a n g e l

ah oué
le coup de la bonne élève chez le psy
pas mal ;)

j'ai hâte de lire la suite, comme d'habitude :)

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Vous pouvez faire référence à votre publication en utilisant ce rétrolien

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 1 + 3 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens