Au vu de ses réactions, j'ai bien le sentiment que
"ma" psy n'est pas très réceptive à mes états d'âmes professoraux. Elle
ne demande ni précisions sur le sujet, ni anecdote illustrative,
et au moment où j'en viens au thème particulier qui me fait inévitablement monter les
larmes aux yeux, c'est la catastrophe.
Moi (commençant à ressembler à un lapin atteint de myxomatose et à faire snif snif sans arrêt) : Et ce qui me bouleverse le plus, ce que j'ai vraiment du mal à vivre, c'est l'opinion des gens sur nous...
Elle (sèchement) : Qui ça "nous" ? ( Comment ça kissanou ? Elle croit que je parle comme Louis XIV ?)
Moi (surprise) : bah, "nous" les profs, "nous", les enseignants...
Elle lève les yeux au ciel (enfin, certainement pas en réalité, mais
c'est l'impression que son visage me donne) et m'assène directement que
"les enseignants" et moi, c'est pas la même chose.
Ah bah mince alors, deuxième édition.S'il y a un écueil de la vie de prof que tout le monde est capable de comprendre (pas forcément de comprendre avec compassion, mais du moins de saisir par la pensée), c'est bien la déplorable image qu'"on" véhicule sur "nous", mammouths feignants surpayés resservant les mêmes cours année après année et ayant choisi leur métier pour les vacances, la preuve c'est qu'ils grognent dès qu'on leur demande d'en faire un peu plus et qu'ils prennent les adolescents pour des sauvages. Et me voilà face à une supposée spécialiste du psychisme qui ne comprend pas pourquoi les attaques envers mon corps de métier peuvent m'atteindre en tant qu'individu. Devant l'originalité de la situation, je ne cherche même pas à argumenter, je ne vois même pas quoi dire, puisqu'elle ne veut pas s'appesantir sur le sujet, je la laisse faire. Qu'elle se débrouille.
Or, le psy trouve toujours un chemin. Elle commence par me demander depuis combien de temps je suis arrêtée. Puis, si c'est la première fois que je vis un "épisode dépressif". Je lui sers la suite sur un plateau : non, j'ai déjà eu l'impression de traverser le désert, plusieurs fois, depuis plusieurs années. Mais tout de même, j'ajoute qu'il ne s'agit pas de la même chose aujourd'hui, puisqu'aujourd'hui c'est surtout lié au travail (tu sais, ce dont je viens de te parler...) alors qu'auparavant, c'était davantage lié à des "choses" plus ou moins réglées dorénavant.
Son oeil s'illumine, sa narine frétille. C'est maintenant qu'elle me demande des précisions. Je cède, parce que je sais qu'à un moment ou à un autre, je devrais en parler : "Oui, des problèmes relationnels avec mon père"... Et me voilà en train de raconter ma pré-adolescence, tout d'abord de manière très confuse. Je sais depuis longtemps à quoi sont dûs mon manque de confiance en moi, mon perfectionnisme handicapant ; à 26 ans, j'ai tout de même déjà eu l'occasion de me pencher sur la question, donc de réguler certaines névroses, et surtout, de renoncer à certaines espérances - comme des excuses par exemple. Par conséquent, j'ai rangé cette valise, sans pour autant l'oublier mais ayant conscience que l'ouvrir tous les jours n'est pas une solution : c'est ce qui explique le côté désordonné de mon récit. Comme s'il fallait que je fasse un effort de mémoire pour ressortir les fichiers du dossier intitulé "Papa". C'est cet état de fait qui va rendre la prochaine réplique assez incongrue. Car ce qui pourrait paraître comme l'angle saillant de mon histoire surgit comme un détail peu important qu'on se remémore soudainement, comme lorsqu'on dit, en plein milieu d'une conversation qui n'a rien à voir avec la boulangerie : "Ah au fait, il faut que je pense à acheter du pain pour demain matin !".
Moi (sur ce même ton) : Ah oui, il a fait de la prison aussi !
à suivre...
P.S. : j'ai ici tout à fait conscience de jouer de façon moralement discutable sur la tendance naturelle au voyeurisme de chacun.
Par mushroom, Vendredi 30 Mai 2008 à 00:02 GMT+2 dans Des pressions ? (article, RSS)
Vos commentaires
Le Mardi 27 Mai 2008 à 17:01 GMT+2, par MitlaMit
Et t'as acheté du pain finalement alors ?
... Quoi ?
Le Mardi 27 Mai 2008 à 18:46 GMT+2, par Human.Target
j'aurais voulu dire un truc très profond et très long, mais je me suis perdu en cours d'argumentation donc j'ai tout effacé. mais je voulais parler du complexe de persécution de la documentaliste, qui souffre de son préjugé de sainte nitouche à lunettes (donc forcément un chiennasse qui cache bien son jeu)... en gros
Les seuls métiers que je ne connaisse qui ne souffrent pas de préjugés crétins, sont ceux dont tout le monde se fout ou n'arrivent pas à comprendre...
Le Mardi 27 Mai 2008 à 20:18 GMT+2, par Isis
Tout à-t-il toujours à faire avec nos parents ? Je n'ai pas la réponse c'est juste une question lancée en l'air.
Ton passé adolescent est il réellement un déclencheur de ton état ? Je n'en suis pas réellement sure, mais je pense que tu nous l'expliqueras mieux dans la suite...
Je suis curieuse.
Le Mardi 27 Mai 2008 à 20:23 GMT+2, par Isis
Heu, je travaille dans la fonction publique, donc je suis feignante, passe mon temps à papoter et boire du café (ça c'est pas faux), mon père est plombier alors, il se tape toutes les clientes qu'il peut, mon cher et tendre est chauffeur livreur, il conduit donc comme un pied et ne glande rien de ses journée. Ah, mon frère travaille à la DDE donc question fainéantise, il en connait un rayon... Je comprend les préjugés qui peuvent être véhiculés, mais ne t'arrête pas à ça, tu es plus forte que ça.
Mais bon, je ne veux pas remplacer ta psy, je connais mes limites...
Le Mardi 27 Mai 2008 à 21:55 GMT+2, par Sylvain
C'est très bien raconté.La psy est bien observée, on se tourne soi-même en dérision, on ironise sur le suspens... Bref, ça m'a donc profondément déplu. Pourquoi? Sans doute pour le coté " anti -dépressif" revendiqué. Et pour la distance que vous témoignez en racontant cette scène. Je crois que lorsqu'on souffre, on ne peut pas " bien raconter" ce qui se passe, ou peut-être,longtemps après.
Enfin, j'ai trouvé cette psychiatre un peu trop savante ( elle sait qu 'il faut relativiser pour les élèves , bravo! Cependant , il y ades publics parfois peu commodes, il me semble); de plus elle dirige à mon goût beaucoup trop brutalement l'entretien.
S.
Le Vendredi 30 Mai 2008 à 08:38 GMT+2, par Mushroom
> Isis et HT : ok, j'admets que bien d'autres métiers souffrent de préjugés... (je dis "j'admets", parce que lorsqu'on s'en plaint avec mon conjoint, on y va lourdement sur les "ahlala, les autres métiers, ils souffrent pas autant des préjugés hein" *Mode PMU on*).
Seulement voilà : je regarde la télé.
Oui c'est mal je sais.
Et même des fois je lis des articles de journaux (sur le web).
Et est-ce qu'on parle des plombiers chauds lapins ? (non, sauf s'ils sont polonais, peut-être) Des documentalistes saintes-nitouche ? Des chauffeurs livreurs as du volant ?
J'ai conscience de faire de l'égocentrisme, mais je revendique tout de même un "handicap préjugés + +". L'autre jour, mon conjoint est entré dans un café, a eu l'occasion de dire qu'il était prof, le malheureux, et a eu droit à "Ah là là, les profs, dès qu'on leur déplace une table, ils se mettent en grève". Avec mes amis les fonctionnaires (en particuliers SNCF et flics), on s'en prend tout de même particulièrement plein la gueule, et souvent. Et en face. Parce que je vois mal le patron de café faire la même chose devant un flic, bizarrement.
Enfin, je me trompe peut-être. Certainement même.
Mais après tout, le fait est que j'en ai énormément souffert de tout ça. Que j'en souffre encore un peu. Et que le " c'est pour tout le monde pareil" ne m'est d'aucune aide quand je suis au fond du trou (bah oui, si on est tous dans le trou, ça n'avance à rien).
Du coup, la psy qui passe complètement à côté de ça, c'est tout de même énorme. Bien sûr, il est évident que ce ne sont pas les medias qui me font directement du mal, mais plutôt ma manière de recevoir leurs messages, mais tout de même, elle a traité ça avec une désinvolture scandaleuse.
> Sylvain : je trouve votre commentaire très intéressant, parce qu'il me fait m'interroger sur ma manière d'écrire, voire de vivre les événements racontés. Dans mon article de "rattrapage" intitulé "Euh", j'expliquais le problème qu'il y a à raconter ces événements à la fois trop proches et trop éloignés...
Cela étant dit, cette distance et cette ironie que vous évoquez, elles m'accompagnent presque avec cette même force... tout le temps. Quoique je fasse, je me regarde faire, et j'en écris le récit dans ma tête. Avec des effets de style. C'est pour cela que sans avoir jamais rien écrit de "fini", je sens tout de même que je suis "écrivain". J'écris tout le temps. Dans ma tête (comme disent les élèves).
C'est amusant.
Et fatiguant.
Parce que lorsqu'on se regarde pédaler, on avance moins facilement.
Le Vendredi 30 Mai 2008 à 09:58 GMT+2, par Isis
Au temps pour moi, je pense comprendre les difficultés des profs à vivre leur situation...de prof, je pense que je le vivrai très mal aussi (étant très sensible à l'opinion des gens sur moi).
Je voulais juste tenter (mal, ok) de relativiser les choses, pas les minimiser. Et te faire sourire un peu (bon, c'est raté, mais essaie d'imaginer mon père en train de se faire harceler sessuellement par une autre femme que ma mère, je suis sure que ça peut te faire sourire... Allez juste un peu ?)
Bises à toi.
Le Vendredi 30 Mai 2008 à 10:23 GMT+2, par Mushroom
>Isis : oh tu sais en ce moment, c'est plutôt "moral au beau fixe" ! Et oui, Super Mario harcelé sessuellement, ça vaut 10 ! (après, je comprends dans tes propos que ta mère harcèle sessuellement ton père, et je ne sais ce que je dois en conclure, ahem).
Bon sinon, j'ai ENCORE oublié votre anniversaire, alors je sais pas quoi faire pour me rattraper, sinon vous dire bon anniversaire à toutes les deux avec du retard, mais c'est la grosse loose. Je sais pas ce que j'ai comme problème avec ce 22/05... Je tâcherai de me rattraper. Déjà on se voit le 21 juin non ?
Bon, j'arrête de profiter de mon blog pour compenser ma répulsion du téléphone. Parce qu'on est pas toutes seules non plus.
Le Vendredi 30 Mai 2008 à 11:19 GMT+2, par Human.Target
si on devait empêcher les piliers de bar de sortir des banalités...
et si en plus on devait les prendre au sérieux...
Le Vendredi 30 Mai 2008 à 15:34 GMT+2, par a n g e l
ah je vais apporter de l'eau à ton moulin tu t'en doutes
j'en PEUX plus des conneries sur les profs
instit, vivant avec un prof de lycée, mais ptin on s'en prend plein la fiole pour pas un sou
on a plein de vacances (pas payées)
on fait un nombre d'heures ridicules (en moyenne 50 heures par semaine, heures sup dans mon cul)
on fait grêve tout le temps en étant payés c'est dégueulasse dans le privé on peut pas faire ça (t'as essayé? et payée pendant la grêve? ET MON CUL C'EST DU POULET?)
on refuse de se remettre en question et on écoute pas les parents ni les élèves (bien sûr, c'est pour ça que je pense boulot même sous la douche?)
on est tout le temps en arrêt maladie (c'est ça, va voir mon médecin c'est lui qui veut m'arrêter c'est moi qui dit niet, je veux pas foirer mes projets avec mes élèves)
etc etc etc
en gros on est des fainéants sur payés tout le temps en vacances
et EN PLUS tu peux même pas lire les blogs depuis l'école (ou le bahut) alors excuse moi, mais moi je vais bosser dans le privé quand vous voulez, je gagnerais en considération, en temps libre, et en sousous sur le compte en banque bordel! A diplôme égal je me fais surtout massacrer pour la bonne cause en restant dans ce corps de métier 
Ca va mieux là?
des bises et ta psy c'est clairement une conne
je saurais que je suis dépressive le jour où j'irais voir une meuf dans ce genre et que je ne lui rentrerais pas cash dans le lard 
Le Vendredi 30 Mai 2008 à 16:03 GMT+2, par Mushroom
> HT : donc la majeure partie de la société dit des conneries. Non mais tu crois que ça aurait pu me remonter le moral ça ??????
Le Vendredi 30 Mai 2008 à 18:08 GMT+2, par Isis
Petit apparté pour toi : C'est pas très grave d'avoir oublié notre anniversaire, n'ayant pas non plus la mémoire des dates, je peux comprendre. D'ailleurs toi, c'est septembre, je crois, ou octobre... (a don no)
et oui, on se voit le 21 juin, enfin juste moi, parce que l'autre... elle profites du soleil. Travailler dans un camping, c'est pas un boulot de feignant, ça ?
Sinon, je suis pas très téléphone non plus, mais largement plus msn... A bon entendeur...
Le Samedi 31 Mai 2008 à 10:55 GMT+2, par Human.Target
Naturellement que la majeure partie de la société ne dit que des conneries ! Sinon, ça se saurait, on vivrait peut-être dans un monde meilleur ! En tout cas, la majorité de l'humanité dit beaucoup plus de conneries qu'elle n'en pense, et les dit souvent en public pour se rendre intéressante.
Et d'ailleurs, ce que je dis est sûrement une connerie, ce qui prouve bien que j'ai raison, na.
Par contre, la majeure partie de la société n'est pas un pilier de bar.. enfin j'espère...
Le Dimanche 1 Juin 2008 à 16:47 GMT+2, par l'autre
Aparté juste pour nous trois-c'est pas poli-mais-tant-pis:
l'autre elle est dans un camping, bosse au soleil toute l'année, enfin toute l'année 3 mois sur 12 passqu'après je prend des wacances pendant 9 mois si c'est pas la belle vie ça, ma brave dame!
Dans mon incommensurable bonté, je te pardonne pour l'oubli d'anniversaire. On se verra au mois d'août...