Journal d'une militante anti-dépressive

La visite chez la psy 2

Au bout de quelques minutes, les voix étouffées que j'entends au travers de la porte cessent, et la psychiatre sort de son cabinet pour aller... aux cabinets (facile, oui je sais). Elle me demande qui je suis, puis se réjouit que je sois en avance - il faut dire que mon rendez-vous étant à midi, j'imagine qu'elle souhaite gagner un peu de temps pour prendre une pause. Je suis soulagée de la contenter en ce sens, car franchement, si j'étais à sa place, je maudirais la patiente que je dois recevoir à midi. Elle retourne à son bureau, puis m'y accueille.

 Beaucoup se demandent si la consultation chez le psy ressemble à l'image d'Épinal. Ce sera même l'une des premières questions de Gloubinours : "Tu t'es allongée sur un divan, comme dans les films ???". Eh bien non ; comme lors de ma "première fois", le docteur m'a invitée à m'asseoir face à son bureau, comme chez n'importe quel praticien. Il m'a semblé voir quelque chose de plus confortable un peu plus loin, mais ce n'était pas un divan en cuir marron, davantage quelque chose comme un clic-clac ou un lit d'appoint. Par ailleurs, un psy ne commence pas la consultation par "Parlez-moi de votre mère...", ni ne fait des gribouillis sur une feuille en faisant croire qu'il prend des notes. Comme chez tous les médecins, il faut commencer par la paperasse : "Votre nom ? Prénom ? Date de naissance ? Adresse ? Nom du médecin traitant ?" etc, autant de renseignements qui sont notés au fur et à mesure sur une fiche pré-imprimée. En l'occurence, le seul détail peu ordinaire que je relève, c'est qu'elle écrit tout cela au Stabilo swing cool© vert. J'avoue que c'est un peu léger pour mêler Freud à tout cela. Puis, elle prend un stylo plus académique, une feuille vierge, et c'est parti.

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La visite chez la psy 1

 Immédiatement après avoir obtenu mon rendez-vous, je préparai ce que j'allais dire comme on prépare un exposé. Documentation et sources (je comptais citer l'article d'André Comte-Sponville trouvé dans le Sciences et Avenir), structure (mon malaise vis-à-vis de mon travail pouvait s'exposer en trois points : frustration due aux élèves, révolte face au fonctionnement du système éducatif, désespoir en réaction aux commentaires de l'opinion publique), et formulation (Parodie du titre du film d'Ettore Scola, l'expression "Affreux, bêtes et méchants" représentait assez bien l'image que j'avais des élèves... le côté "sale" en moins, restons corrects tout de même ! ). L'idée était avant tout de présenter mes problèmes et questions de la façon la plus juste possible, mais je ne me faisais pas d'illusions sur moi-même et ma relation tumultueuse avec Narcisse : plus ou moins consciemment, je songeais à apparaître comme une patiente "de qualité" à ce nouveau praticien. 

Les jours passant, la bonne humeur reprenant le dessus en même temps que le soleil, je cessais progressivement de prendre cette consultation comme un examen oral, et je m'y rendis finalement sans rien attendre de très précis - hormis l'avis d'un vrai spécialiste sur mon ordonnance, ainsi que, éventuellement, un début de piste pour mieux vivre les affres de mon travail.  

 En entrant dans la salle d'attente, je sus tout de suite qu'elle ferait l'objet à elle seule d'un paragraphe de blog... 

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En arrêt maladie...

 
En rentrant de ce rendez-vous chez le médecin, j'appréhende un peu la discussion avec Gloubinours. Je voudrais vraiment qu'il réalise, sinon que je suis en dépression, au moins que je ne vais vraiment pas bien psychologiquement. Or, même si cet homme est victime de quelques névroses comme tout le monde, il n'est pas du genre à "se prendre la tête". Non. Quand cet homme ne va pas bien, au pire il va se coucher, au mieux il va faire du jardinage. 
 
Moi, je remets en cause le sens de l'existence et je cesse de croire en l'humain. Chacun son truc.
 
Effectivement, lorsque je descends de la voiture, il me lance d'un air goguenard : "Alors, t'as obtenu combien de jours de vacances ?"
 
Surtout, ne pas se vexer. Il n'a pas dit ça méchamment. Au contraire, il cherche à détendre l'atmosphère. Respire. 

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Euh...

Euh... Est-ce que certains ont remarqué ???

Apparemment non. Ce qui est très instructif. 

En réalité, ces récits de mon rendez-vous chez le psy ne devaient pas paraître tout de suite. Je les ai écrit "à chaud", en février donc, juste après, je ne voulais oublier aucun détail. Et puis j'avais programmé une date automatique de publication, au pif, lointaine. Je ne me souvenais plus que j'avais coché fin mai.

Il faut dire que lorsque j'ai commencé ce blog, je ne pensais pas que ça m'emmènerait si loin dans le temps ! Que je m'attarderais sur tous ces détails qui m'ont valu une comparaison avec un épisode de la saison 9 de Derrick. Et que parfois tout ça m'emmerderait profondément. Je pensais que fin mai, j'aurais fini depuis bien longtemps. Que j'aurais enfin trouvé ma voie littéraire, et que j'en serais à écrire mon troisième roman.

 L'absence totale de surprise de la part de mes lecteurs montre que bien des épisodes de mon récit sont totalement dénués d'intérêt.

 Où : comment distinguer journal intime et journal destiné à la lecture d'autrui... Et tout d'abord, choisir entre les deux...

 

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L'ordonnance

En fait, je m'en fiche de ces deux élèves. J'ai juste le temps de les reconnaître, de les associer à leur classe, de me souvenir qu'il s'agit d'une de mes deux pires classes de l'année, et enfin de penser qu'ils vont peut-être comprendre ce qui m'arrive. Et encore, ils vont sans doute supposer que j'ai appris une nouvelle traumatisante quelconque. Mes yeux rougis, ma pancarte clignotante et moi passons devant eux en leur disant rapidement "Bonjour". En temps normal, je me serais arrêtée, leur aurais demandé s'ils m'ont attendu longtemps, si on a fini par les prévenir, les aurais avertis que ce n'était pas la peine de venir à 8h00 jeudi prochain... Là, je m'en fiche. 
 
Je m'en fiche et je les hais en même temps. Je ne les hais pas particulièrement, je ne leur accorde pas cet honneur-là, non : je les hais comme je hais tous les élèves de cette classe, et tous ceux de mes autres classes, et tous ceux que je n'ai pas en classe, et les collègues aussi, et l'administration, et le rectorat, et l'éducation nationale, et puis surtout tous les individus laids et idiots que je croise dans la rue en rejoignant ma voiture. Oui, dans mon sac, j'ai de l'Effexor® : et alors* ? Vous l'avez bien cherché non...
 
 
*Voilà une possibilité de reconversion professionnelle : publicitaire pour les laboratoires pharmaceutiques...

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