Journal d'une militante anti-dépressive

Le diagnostic 12 : l'ennemi dans la glace

 
Et puis il y a le trajet. Il y a ce que j'ai le plus de mal à raconter. Parce que j'en ai honte, parce que j'en ai peur, parce que j'ai peur que cela fasse peur. Et pourtant, c'est là, ou c'était là. Et pas pour la première fois.   
Cela fait partie de l'histoire, du processus. Même si c'est d'un banal... 
 
J'ai environ 35 minutes de trajet en voiture à effectuer. Un petit quart d'heure de routes de campagne avant de rejoindre la nationale. Je mets L'ennemi dans la glace chanté en duo par Alain Chamfort et Vincent Delerm sur mon lecteur CD. Je sais que c'est idiot à plus d'un titre : cette magnifique chanson ne peut objectivement que plomber mon moral déjà mortellement touché ; le texte traite globalement du mal être, certes, mais, moi, je ne reconnais pas chaque soir mon pire ennemi dans ce miroir ; et enfin, quel est ce besoin ridicule de systématiquement accorder la musique que j'écoute à mes états d'âme comme si je cherchais à composer la B.O. de ma vie ?    
Je ne sais pas, mais c'est un besoin. 

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Le diagnostic 11 : souffrante

 
Parce qu'il est vrai que j'ai des copies à corriger. Un paquet que j'aurais dû terminer la veille, et que j'ai reporté à ce mardi, pour mes deux heures sans cours entre 9 et 11. Je dois les rendre à 14 heures, cela fait trop longtemps que les élèves attendent. Des élèves "bien" en plus. Pas de ceux qui me font perdre foi en l'humanité. Enfin, je crois. Je ne sais plus. Même en me forçant, je n'arrive plus à me rappeler le moindre moment de satisfaction qui aurait pu avoir lieu dans une classe. J'entends, un autre moment que celui où j'essuie le tableau. Et dans une classe qui ne soit pas vide. 
 
Alors, évidemment, dans un coin de ma conscience, j'envisage aussi ces quelques jours d'arrêt maladie qui se profilent comme un petit souffle d'air, un petit délai supplémentaire pour corriger ce foutu paquet et le rendre à la fin de la semaine, accompagné des commentaires adéquats : "Tu as compris le principe de l'analyse littéraire : il faut maintenant t'efforcer d'écrire plus de deux paragraphes" ; "Ceci n'est pas une analyse littéraire : tu ne fais que raconter l'histoire... en moins bien" ; "Tu confonds analyse littéraire et discussion de P.M.U.". 
 
Aujourd'hui, je me dis que vraiment, alors même que j'étais dans un état d'épuisement nerveux et mental très avancé, voir ce congé maladie comme du temps pour travailler, ce n'était plus de la conscience professionnelle, mais du sacerdoce.
 
Mais ce mardi, je me raconte une tout autre histoire. Je me dis que plus ou moins consciemment, je dois être en train de simuler une maladie parce que je suis trop feignante pour corriger mes copies en temps et en heure. Je me flagelle. Et tous les piliers du café du commerce m'accompagnent silencieusement.  

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Le diagnostic 10 : parce que j'ai l'habitude...

 
Edit : ici un commentaire très intéressant de Human Target, avec à sa suite une réponse non moins intéressante de moi-même. Le tout portant sur le whisky, la 9ème saison de Derrick et le docteur Lediantre, cet ensemble hétéroclite éclairant quelque peu la médiocrité des quelques derniers posts (si on peut parler de "médiocrité éclairée"). 
 
Edit bis, 9.04.08 16h11 : je viens de croiser le docteur Lediantre à la pharmacie. J'ai réalisé un truc : il ressemble un peu à Derrick.  
 
 
Je ne me souviens plus exactement comment j'ai passé la matinée et le début d'après-midi de ce mardi 22 janvier. Juste le réveil qui sonne sur une décision ferme : "Je n'irai pas travailler aujourd'hui, j'irai voir le médecin". Gloubinours qui lui se lève et enclenche le mécanisme d'un rouage bien huilé : il part vers 8h00, rentrera en fin d'après-midi. Me suis-je préparée tout de suite après son départ, ou ai-je traîné en pyjama jusqu'à l'heure des consultations sans rendez-vous ? Qu'ai-je regardé à la télévision, sur Internet ? Qu'ai-je fait de ces quelques heures en suspens, en équilibre instable, alors que j'avais déjà cessé de suivre le cours "normal" de mon existence, mais  que je n'étais pas encore officiellement un professeur arrêté pour syndrome dépressif ?
 
Je me rappelle tout de même le retour d'un vieux démon : la culpabilité...  

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Bilan intermédiaire

À l'attention de ceux qui ne l'auraient pas remarqué, ma veine d'inspiration bloguesque est un peu tarie en ce moment. Ou plutôt, ma motivation, tout simplement. J'ai toujours autant de choses à raconter à propos de ce qui vient de se passer ces derniers mois, mais le besoin de le raconter est beaucoup moins impérieux.

Flûte... 

L'explication est simple, mais très ennuyeuse : je vais mieux. Beaucoup mieux, infiniment mieux, incroyablement mieux. Je ne passe plus mes journées vautrée devant la télévision ou dans mes cours à préparer ; je ne prends plus la nourriture pour de la mousse expansive ayant pour fonction de colmater le vide de mon estomac et de mon âme ; je suis enthousiaste à l'idée d'aider Gloubinours à "finir" les travaux de la maison (d'où le registre de la comparaison précédente) ; je fais des tartes à la mangue et au gingembre, des colliers en organza, du canard au au lait de coco et au whisky, des ourlets à mes pantalons, de la gulash au whisky, des voyages scolaires, de l'osso bucco au whisky, les boutiques (et mes comptes). Je trouve des qualités à des élèves précédemment étiquetés irrécupérables, et j'ai pitié de ceux dont l'étiquette résiste même après trempage dans l'eau chaude pendant deux heures. Je dis leurs quatre vérités à certains collègues. J'ai l'impression que l'image que je renvoie me ressemble de plus en plus.

 

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Le diagnostic 9 : médecin traitant mon ami

 

On peut légitimement se demander pourquoi je consulte encore un tel praticien. On peut légitimement me rire au nez, ou même s'inquiéter de ma santé mentale lorsque j'ajoute que je l'ai même promu "médecin référent". Je répondrai que le docteur Lediantre est un très bon médecin, si on sait l'utiliser avec discernement. Peut-on faire preuve d'esprit critique lorsqu'il s'agit de médecine et qu'on tient ses seuls rudiments de l'art d'Esculape de la série Urgences et du Magazine de la santé ? Je réponds oui sans hésiter. 

Commandement n° 1 : Uniquement pour les rhumes et les toux sans gravité à ton médecin généraliste confiance tu feras    
Commandement n° 2 : La notice des médicaments prescrits toujours tu liras
Commandement n° 3 :  Pour  la gynécologie, la dermatologie et la pédiatrie, vers un spécialiste tu t'en iras, même si mal remboursé tu seras

 

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