Journal d'une militante anti-dépressive

Bilan intermédiaire

À l'attention de ceux qui ne l'auraient pas remarqué, ma veine d'inspiration bloguesque est un peu tarie en ce moment. Ou plutôt, ma motivation, tout simplement. J'ai toujours autant de choses à raconter à propos de ce qui vient de se passer ces derniers mois, mais le besoin de le raconter est beaucoup moins impérieux.

Flûte... 

L'explication est simple, mais très ennuyeuse : je vais mieux. Beaucoup mieux, infiniment mieux, incroyablement mieux. Je ne passe plus mes journées vautrée devant la télévision ou dans mes cours à préparer ; je ne prends plus la nourriture pour de la mousse expansive ayant pour fonction de colmater le vide de mon estomac et de mon âme ; je suis enthousiaste à l'idée d'aider Gloubinours à "finir" les travaux de la maison (d'où le registre de la comparaison précédente) ; je fais des tartes à la mangue et au gingembre, des colliers en organza, du canard au au lait de coco et au whisky, des ourlets à mes pantalons, de la gulash au whisky, des voyages scolaires, de l'osso bucco au whisky, les boutiques (et mes comptes). Je trouve des qualités à des élèves précédemment étiquetés irrécupérables, et j'ai pitié de ceux dont l'étiquette résiste même après trempage dans l'eau chaude pendant deux heures. Je dis leurs quatre vérités à certains collègues. J'ai l'impression que l'image que je renvoie me ressemble de plus en plus.

 

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Le diagnostic 9 : médecin traitant mon ami

 

On peut légitimement se demander pourquoi je consulte encore un tel praticien. On peut légitimement me rire au nez, ou même s'inquiéter de ma santé mentale lorsque j'ajoute que je l'ai même promu "médecin référent". Je répondrai que le docteur Lediantre est un très bon médecin, si on sait l'utiliser avec discernement. Peut-on faire preuve d'esprit critique lorsqu'il s'agit de médecine et qu'on tient ses seuls rudiments de l'art d'Esculape de la série Urgences et du Magazine de la santé ? Je réponds oui sans hésiter. 

Commandement n° 1 : Uniquement pour les rhumes et les toux sans gravité à ton médecin généraliste confiance tu feras    
Commandement n° 2 : La notice des médicaments prescrits toujours tu liras
Commandement n° 3 :  Pour  la gynécologie, la dermatologie et la pédiatrie, vers un spécialiste tu t'en iras, même si mal remboursé tu seras

 

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Le diagnostic 8 : le médecin traitant

 
Lorsque j'appelai pour la première fois le docteur Lediantre, afin d'obtenir humblement un rendez-vous, je fus surprise par sa réponse : "Passez dans l'après-midi". La plupart de ses consultations se font en effet sans rendez-vous, mais, peu habituée à cette pratique, ces mots me donnèrent une impression de désinvolture qui devait, en quelque sorte, se confirmer par la suite.
 
Lors de cette première consultation, je fus frappée par l'absence de son regard. J'ignore s'il a un strabisme ou des culots de bouteille en guise de lunettes (je ne l'ai jamais observé au point de pouvoir le certifier), mais toujours est-il que j'ai en permanence le sentiment qu'il ne regarde rien ni personne, qu'il est ailleurs. Je ne suis pourtant pas en train de décrire un doux rêveur (ce qui, en soi, serait déjà inquiétant concernant un médecin). Le docteur Lediantre est un vieux praticien, qui parle assez fort et se répète beaucoup. Il vous demande la date d'aujourd'hui, votre nom et votre prénom pour remplir l'ordonnance de médicaments. Puis, il vous demande la date d'aujourd'hui, votre nom et votre prénom pour remplir l'ordonnance de prise de sang. Enfin, il vous demande la date d'aujourd'hui, votre nom et votre prénom pour remplir la feuille de soin. Par ailleurs, la chose la plus remarquable lors de cette première rencontre ne fut pas tant sa distraction que son étonnante capacité à me trouver réellement malade. Alors que, comme je l'écrivais hier, je venais surtout pour me plaindre d'une grosse fatigue et l'exagérer juste ce qu'il faut afin d'obtenir une permission d'un ou deux jours, il parvint à trouver sur mes amygdales le signe d'une mystérieuse infection. Il me demanda si j'avais pris ma température, je lui répondis que oui, mais que je n'avais pas de fièvre puisque j'avais 37,6 ; il rétorqua alors que ce chiffre montrait effectivement la présence d'un virus ou d'une bactérie, puisque la température normale du corps humain, c'est 37. Allons bon. 
 
Venais-je donc de découvrir un médecin hypocondriaque par procuration ? 
 

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Le diagnostic 7.256 (c'est parfois long, de poser un diagnostic...)

 
Dépression... Je ne suis pas dupe ; en me rendant chez mon médecin, je sais que c'est ce pompon-là que je vais décrocher. Premièrement, parce que j'ai déjà passé le test de sélection (autrement dit, parce que sais et sens très bien que je suis dans un état physiologiquement malsain, merci D*octissimo mais vous ne m'apprenez rien-issimo) ; deuxièmement, parce que j'ai déjà été toute proche de remporter le grand prix. Je m'apprête à me rendre à cette consultation comme on tente pour la deuxième fois un concours, avec ce surcroît d'assurance dû au fait qu'on s'y est déjà vu admissible. 
 
Celui qui a déjà failli me gratifier du titre de "dépressive", celui qui a déjà failli me tendre l'ordonnance fatidique, c'est mon médecin traitant. Et son incompétence étant à la fois catégorique, extraordinaire et poétique, je me vois dans l'obligation littéraire d'en faire ici le portrait. 
 
Voici venu le temps d'un petit intermède médical. 

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Le diagnostic 6 : le test !

 
Pour vérifier si je ne suis pas dans un état pathologique appelé la dépression, et ce, avant de me rendre chez mon généraliste (pour des raisons que j'expliquerai prochainement), quoi de plus efficace, pragmatique et logique que de passer le test de dépression !!!
 
Il s'agit de répondre "vrai" ou "faux" aux questions suivantes en considérant son état depuis au moins deux semaines.
De 0 à 2 "vrai", vous allez très bien. De 3 à 5, vous vivez un coup de blues. À partir de 6, félicitations, vous êtes déprimé ! N'est-ce pas magnifique ?!?

Évidemment, je gagne. Un peu plus tard dans la semaine, je ferai subir le même test à Gloubinours, un collègue de maths et son amie CPE en lycée professionnel. Résultats : nous sommes tous déprimés, sauf Gloubinours qui ne nous arrive pas à la cheville avec un misérable coup de blues (et encore, je suis sûre que c'est juste parce que les travaux de la maison n'avancent pas). Du coup, on s'est tous rabattus sur le test "êtes-vous vaginale ou clitoridienne", c'était plus drôle.

 à suivre... 

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